Comment partager avec vous ce saut dans le grand bain de la culture précolombienne extraordinaire et de ce qu'il reste de ces peuples et cultures, que les colonisations successives n'ont pas encore trop souillés, détruits. Les colonisations européennes bien sûr, mais aussi les colonisations plus récentes de touristes, guérillos, narco trafiquants et pilleurs de tombes, obligeant les tribus à se réfugier toujours plus haut dans les montagnes de la Sierra, contraintes d'abandonner leurs meilleures terres.
Leurs montagnes, riches en paysages grandioses (le parc Tayrona et ses plages constituent LE spot touristique de Colombie) mais aussi en minerais et en terres fertiles et tranquilles (favorables pour la coca) ont été le théâtre de luttes où ce peuple racine, spectateur impuissant, a assisté à son éviction et à la destruction de l'équilibre naturel recherché.
C'est ainsi avec effarement que les Kogis ont découvert que l'Homme pouvait raser une montagne sacrée pour établir la plus grande mine à ciel ouvert de charbon du monde, incompréhensible pour ce peuple dont l'objectif absolu est: l'équilibre de la nature dont l'Homme fait partie. Où la meilleure des choses est d'être à sa juste place dans son environnement naturel.
Témoins de ces déséquilibres, les Kogis ont fait le choix de refuser en grande partie l'utilisation de l'argent, ayant constaté que celui-ci perturbait l'harmonie des villages. C'est donc finalement avec une certaine sagesse qu'ils ont choisi de tourner le dos à l'économie comme nous la connaissons, lui préférant le système d'échange et de partage qui est la base de la culture Kogis (on s'échange des feuilles de coca, la plante sacrée, en nombreuses occasions). Ne pas accepter le développement du tourisme, de l'industrie agricole ou l'exploitation des minerais sur leur terre pourrait paraître comme illusoire et déraisonnable, mais cela devient louable voire salutaire lorsque l'on observe ici ou là que les dérèglements naturels (monoculture intensive notamment) appellent en cascade des dérèglements économiques (concentration des richesses, inégalités), sociaux (modification des rôles et place de chacun au sein même de la famille), psychologiques (tensions entre villages, personnes) et culturels (n'ayant plus accès aux ressources nécessaires à leurs rites).
Envie de partager avec vous nos hésitations, nos colères, mais surtout ces petits bonheurs aussi, de voir qu'un chemin plus respectueux de ce choix de vie se dessine aujourd'hui avec des engagements collectifs: l'association tchendukua (ici site internet) qui collecte des fonds pour racheter des terres et les rendre aux Kogis. C'est là l'enjeu majeur de la sierra et de ses peuples d'origine: permettre à un peuple de rester sur ses terres alors qu'il n'a pas les moyens de les racheter.



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